Les classes de feu
Les classes de feu
Chapitre 1 : Le feu et ses dangers · Leçon 2
Les feux sont répartis en classes selon la nature du combustible, conformément à la norme NF EN 2. Ce n'est pas une classification de laboratoire : elle est imprimée sur chaque extincteur, elle conditionne le choix de l'appareil, et c'est le premier point vérifié en session pratique.
1 : Les cinq classes normalisées
| Classe | Combustible | Exemples en entreprise | Ce qui caractérise ce feu |
|---|---|---|---|
| A | Solides formant des braises | Bois, papier, carton, textiles, plastiques rigides | Il couve en profondeur : l'extinction de surface ne suffit pas |
| B | Liquides et solides liquéfiables | Essence, solvants, alcools, peintures, cires | Il se répand et se rallume par la vapeur au-dessus du liquide |
| C | Gaz | Propane, butane, gaz naturel, acétylène | Éteindre la flamme sans couper l'arrivée crée un risque d'explosion |
| D | Métaux | Magnésium, sodium, aluminium en poudre, lithium métal | Réagit violemment avec l'eau : agents spécifiques uniquement |
| F | Auxiliaires de cuisson | Huiles et graisses végétales ou animales | Température très élevée : l'eau provoque une projection enflammée |
Classes de feu et agents extincteurs
Cliquez sur une classe de feu pour découvrir l'agent extincteur adapté.
Prenez le temps de faire l'exercice du diagramme jusqu'au bout. Le réflexe à construire n'est pas de réciter les lettres, mais de reconnaître en une seconde la classe de ce que vous avez sous les yeux.
2 : Deux repères à ne jamais oublier
Il n'existe pas de « classe E ». Un feu d'origine électrique n'est pas une classe de feu : c'est un feu de classe A ou de classe B dont la source est électrique, avec un risque supplémentaire d'électrisation pour celui qui intervient. Le premier réflexe reste de couper l'alimentation quand c'est possible sans danger. Une fois la coupure faite, on traite le feu selon ce qui brûle réellement : un tableau électrique, ce sont des plastiques et des câbles, donc un feu de classe A.
Un feu de classe C ne s'éteint pas en soufflant la flamme. Éteindre un jet de gaz enflammé sans avoir coupé l'arrivée transforme une flamme visible et localisée en un nuage invisible qui remplit le volume. La flamme, elle, était un repère et une consommation. On ferme la vanne, on refroidit les bouteilles voisines, et on n'éteint pas.
3 : Lire l'étiquette d'un extincteur
Chaque appareil porte une étiquette normalisée. Elle se lit en trois zones, et vous devez savoir les trouver sans hésiter.
Le marquage « 21A 113B C » se décode ainsi : la lettre désigne la classe traitée, le chiffre qui la précède désigne le foyer type que l'appareil a éteint lors des essais normalisés. Plus le chiffre est élevé, plus la capacité d'extinction est grande. Un appareil marqué « C » sans chiffre est efficace sur les gaz, sans classement chiffré pour cette classe.
4 : Ce que la classe change pendant l'attaque
Connaître la classe ne sert pas seulement à choisir l'appareil : elle change le geste et la surveillance après extinction.
- Classe A. Le feu couve en profondeur, sous la surface refroidie. L'extinction visible n'est jamais l'extinction réelle : on arrose largement, on remue si c'est possible et sans danger, et on surveille plusieurs minutes. La reprise après extinction apparente est le scénario le plus courant.
- Classe B. Le combustible est liquide et il se répand. Un jet frappé de plein fouet sur une nappe la projette hors du bac et étend le sinistre. On attaque de biais, en couchant le jet sur la surface, et on n'oublie pas que ce sont les vapeurs au-dessus du liquide qui brûlent, pas le liquide lui-même.
- Classe C. L'action décisive n'est pas l'extinction mais la coupure. Tant que la vanne n'est pas fermée, l'objectif est de refroidir l'environnement et de faire écarter.
- Classe D. Aucun agent courant ne convient et l'eau réagit violemment avec le métal. Sans agent spécifique à portée, il n'y a pas d'intervention possible : on alerte et on évacue.
- Classe F. L'huile est très au-dessus de son point d'auto-inflammation. Étouffer fonctionne, refroidir non, et découvrir le foyer trop tôt le rallume.
Autrement dit : la classe détermine l'agent, mais elle détermine aussi la façon de s'y prendre et le moment où l'on peut considérer que c'est fini.
5 : Faites l'inventaire de votre propre poste
Cette classification ne sert à rien tant qu'elle reste abstraite. Faites l'inventaire, à froid, de ce qui vous entoure :
- un bureau et ses archives relèvent de la classe A ;
- un atelier avec bidons de solvant, peintures ou dégraissants ajoute la classe B ;
- une cuisine collective ou un point de restauration introduit la classe F ;
- un local de recharge de chariots élévateurs ou de batteries lithium mérite une attention particulière : le lithium métal relève de la classe D et les batteries en emballement thermique ne s'éteignent pas avec les moyens d'un équipier.
Cet inventaire, fait aujourd'hui, détermine l'extincteur que vous irez chercher le jour venu. Il détermine aussi les questions que vous poserez au référent sécurité de votre site : y a-t-il un appareil de classe F près de la friteuse ? Un extincteur à dioxyde de carbone près du local serveur ?
Les classes D et F relèvent d'agents extincteurs spécifiques, qui ne sont présents que si le risque a été identifié. Si votre poste présente ce type de risque, l'appareil adapté doit se trouver à proximité immédiate : vérifiez-le maintenant, pas le jour du feu.