Compartimentage et isolement des risques
Compartimentage et isolement des risques
Le compartimentage est une stratégie fondamentale de la sécurité incendie des bâtiments : il vise à limiter la propagation d'un sinistre en le confinant, au moins temporairement, dans une zone délimitée.
Le principe du compartimentage
Un bâtiment est divisé en compartiments, séparés par des parois et des portes présentant un degré de résistance au feu adapté (voir la leçon suivante sur les classements SF/PF/CF). En cas de sinistre dans un compartiment, l'objectif est de :
- retarder la propagation du feu et de la fumée vers les compartiments voisins ;
- permettre l'évacuation ou la mise à l'abri des occupants des autres compartiments sans exposition immédiate ;
- faciliter l'intervention des secours en circonscrivant la zone concernée.
Le schéma interactif ci-dessous illustre les 4 phases de ce cloisonnement, du feu déclaré dans un secteur jusqu'à la fermeture automatique de la porte coupe-feu qui isole le secteur voisin.
L'isolement des locaux à risques
Certains locaux présentent un risque particulier (locaux de stockage, chaufferies, locaux techniques, locaux à risques électriques) et font l'objet d'un isolement renforcé par rapport au reste de l'établissement : parois et portes à résistance au feu accrue, désenfumage spécifique le cas échéant, limitation des accès.
Le classement des locaux selon le risque
Le règlement de sécurité ERP classe les locaux en deux familles, la seconde se subdivisant elle-même en deux niveaux :
- les locaux à risques courants, dont le risque d'incendie ne diffère pas significativement du reste de l'établissement (bureaux, salles de réunion) ;
- les locaux à risques particuliers, qui appellent un isolement renforcé et se subdivisent en :
- locaux à risques moyens, qui présentent un risque d'incendie ou de panique supérieur au risque courant sans exposer l'établissement à un danger majeur (réserves de faible volume, locaux de reprographie) ;
- locaux à risques importants, dont l'incendie pourrait avoir des conséquences graves pour l'établissement dans son ensemble (grandes réserves, chaufferies de forte puissance, locaux de stockage de produits dangereux).
Le niveau d'isolement exigé — parois, portes, désenfumage spécifique — croît avec le niveau de risque du local, mais le classement précis d'un local donné dépend de son activité réelle et du règlement applicable, pas d'une impression générale.
Le compartimentage, une logique aussi présente hors ERP
Le compartimentage n'est pas propre aux ERP : le Code du travail impose des logiques similaires de limitation de la propagation dans les lieux de travail (cloisonnement de certains locaux à risque, distances de sécurité). Le chef de service retrouve ici la même articulation CCH / Code du travail vue au chapitre sur l'architecture réglementaire : deux corpus, une même logique de fond — limiter la propagation d'un sinistre — appliquée à deux publics différents.
Compartimentage horizontal et compartimentage vertical
Le compartimentage horizontal, illustré par le schéma interactif ci-dessus, limite la propagation d'un secteur à l'autre sur un même niveau. Le compartimentage vertical, tout aussi essentiel, limite la propagation d'un niveau à l'autre : il repose notamment sur le degré de résistance au feu des planchers (voir la leçon suivante sur les classements SF/PF/CF) et sur le traitement des trémies (cages d'escalier, gaines techniques) qui, mal protégées, deviendraient des cheminées propageant fumée et chaleur d'un étage à l'autre bien plus vite qu'une propagation horizontale.
Un exemple d'anomalie de compartimentage courante
Un percement réalisé pour faire passer un câblage supplémentaire à travers une paroi coupe-feu, sans reboucher l'ouverture avec un matériau de résistance au feu équivalente, est un exemple typique d'anomalie qui neutralise silencieusement un compartimentage jusque-là conforme. Ce type de dégradation est souvent invisible lors d'une ronde rapide : le chef de service doit sensibiliser ses agents à examiner, lors des rondes dans les locaux techniques, les parois traversées par des câblages ou des gaines récemment modifiées.
Le rôle du chef de service dans le suivi documentaire du compartimentage
Le compartimentage d'un établissement, tel qu'il figure dans le dossier de sécurité, doit rester le reflet fidèle de la réalité du bâtiment. Chaque modification de cloisonnement — même mineure en apparence — doit être signalée par le chef de service à la direction, pour être répercutée dans le dossier si nécessaire. Un dossier de sécurité qui décrit un compartimentage qui n'existe plus concrètement sur le terrain expose l'établissement à une non-conformité découverte, dans le pire des cas, lors d'un sinistre réel plutôt que lors d'une commission de sécurité.
Le classement précis d'un local donné (risques courants, ou risques particuliers — moyens ou importants), ainsi que le niveau d'isolement technique exigé qui en découle, dépendent de la nature de l'activité qui s'y déroule et du règlement de sécurité applicable (à valider établissement par établissement, jamais par analogie avec un autre local).
Les points de vigilance du chef de service
- s'assurer que les portes coupe-feu de compartimentage restent en permanence fonctionnelles (fermeture automatique non entravée, dispositifs de retenue conformes) ;
- surveiller l'apparition de nouvelles ouvertures ou percements non maîtrisés dans les parois de compartimentage (câblage ajouté, aménagement ultérieur) ;
- inclure cette logique de compartimentage dans son analyse des risques et son devoir de conseil au chef d'établissement ;
- vérifier, lors de toute commission de sécurité, que le compartimentage présenté dans le dossier correspond toujours à la réalité constatée sur le terrain.
Un compartimentage efficace peut être totalement neutralisé par une porte coupe-feu bloquée en position ouverte ou par un percement non rebouché : ces situations doivent être traitées comme des anomalies prioritaires.